Dossier d'enquête — Affaire Aïcha Benali · Version Française
Bureau central d'enquêtes · Division forensique · Région Souss-Massa
المكتب المركزي للتحقيقات — قسم الأدلة الجنائية — جهة سوس ماسة درعة

Dossier d'enquête Affaire Aïcha Benali

Pièces du dossier · Six documents
Version française — Traduction officielle

Cette page reproduit, à l'usage exclusif des enquêteurs, la version française des pièces originales du dossier. Consultez chaque document dans l'ordre chronologique des faits.

Pièce 1 · 18/02/2024
Bureau central d'enquêtes
Division forensique
Région Souss-Massa
المكتب المركزي للتحقيقات
قسم الأدلة الجنائية
جهة سوس ماسة درعة

Rapport

En date du 18 février 2024, la docteure Aïcha Benali a déposé une déclaration indiquant avoir reçu un colis anonyme adressé à son bureau, à l'Université d'Agadir.

À l'ouverture du colis, elle y a découvert un petit porte-clés auquel était suspendue une pièce métallique en forme de balle. L'enveloppe ne comportait ni adresse d'expéditeur ni indication quant à sa provenance.

La docteure Benali a déclaré considérer ce colis comme une menace de mort, tout en affirmant ignorer l'identité de la personne qui le lui a adressé.

Nous avons informé la docteure Benali de l'ouverture d'une enquête sur les faits et de notre intention de reprendre contact avec elle dès l'obtention d'informations complémentaires. La balle miniature a par ailleurs été transmise au laboratoire de police scientifique aux fins d'analyse et de recherche de tout indice ou élément matériel susceptible de contribuer à l'identification de l'expéditeur.

Le présent rapport sera actualisé dès que de nouveaux éléments relatifs à l'affaire seront disponibles.

180224040RQ
Le 18/02/2024
Laaroussi
↑ Retour au sommaire
Pièce 2 · 18/03/2024
PV n° A-1909

18 mars
2024

Procès-verbal d'audition préliminaire

Il a été procédé à l'audition du docteur Youssef Benkirane, collègue et ami de longue date de la victime, dans son bureau situé au sein du campus principal de l'Université d'Agadir.

Cet entretien s'est déroulé avec son plein consentement et a fait l'objet d'un enregistrement officiel, dans le but de recueillir des informations sur la nature de la relation entre la docteure Aïcha Benali et son frère Youssef Benali, ainsi que de vérifier l'existence d'éventuels différends personnels ou professionnels susceptibles d'avoir motivé le crime.

Déclarations principales

Le docteur Benkirane a déclaré connaître Aïcha Benali depuis environ vingt ans, soulignant que leur relation reposait sur le respect mutuel et une solide coopération professionnelle, doublée d'une amitié sincère.

Il a précisé que la victime évoquait régulièrement son frère Youssef, environ une fois par mois, et toujours en des termes positifs. Il n'a relevé aucune animosité, aucun conflit familial ni aucun différend successoral entre eux.

Il a ajouté que la docteure Benali avait mentionné son frère le jour même de son décès, indiquant qu'il lui avait rendu un service et qu'elle comptait l'en remercier ultérieurement.

Il a affirmé ne voir aucune raison qui aurait pu pousser Youssef Benali à s'en prendre à sa sœur, sans toutefois exclure que d'autres parties aient pu avoir intérêt à se débarrasser d'elle, compte tenu notamment de son engagement militant et environnemental.

Différends potentiels

Selon les déclarations du docteur Benkirane, la victime était active dans de nombreuses campagnes de protection de l'environnement, en particulier dans le domaine de la préservation des forêts d'arganiers, ce qui aurait pu lui valoir des inimitiés auprès de certains milieux, en raison de ses prises de position audacieuses et de ses interventions publiques.

Le témoin a nié l'existence de tout différend entre la victime et les membres du corps enseignant, mais a fait état d'un incident antérieur concernant une étudiante, qui avait suscité une vive polémique au sein de l'université l'année précédente.

L'étudiante en question, nommée Sara El Idrissi, s'était vu reprocher des faits de plagiat académique dans le mémoire de fin d'études dont la docteure Benali assurait la direction.

À l'issue d'une enquête interne menée par l'université, les faits de plagiat ont été confirmés, ce qui a conduit à l'exclusion définitive de l'étudiante à la fin de l'année universitaire.

Selon le docteur Benkirane, Sara El Idrissi n'a pas accepté cette décision : s'estimant victime d'une injustice, elle en est venue à tenir la docteure Benali pour personnellement responsable de ce qui lui était arrivé.

Il a ajouté que la victime s'était récemment plainte de harcèlement en ligne et qu'elle avait également reçu des lettres anonymes. Le docteur Benkirane avait conservé ces courriers à la demande de la victime, avant de les remettre ultérieurement à la police en tant qu'éléments de preuve.

↑ Retour au sommaire
Pièce 3 · Mars 2024
Bureau central d'enquêtes
Division forensique
Région Souss-Massa
المكتب المركزي للتحقيقات
قسم الأدلة الجنائية
جهة سوس ماسة درعة

Note

À l'attention de Madame l'Inspectrice principale Fatima Cherkaoui,

Je vous confie officiellement une nouvelle affaire.

Mme Aïcha Benali, professeure de sciences de l'environnement à l'Université d'Agadir, a été retrouvée sans vie dans son bureau, dans la soirée du 15 mars, après avoir été atteinte d'un tir d'arme à feu. C'est un agent de la sécurité universitaire qui a découvert le corps ; la victime avait succombé avant son arrivée.

L'inspecteur principal Abdelhamid Cherraf a initialement dirigé l'enquête et a considéré Youssef Benali (frère de la victime) comme le principal suspect. Cherraf a fondé sa conclusion sur le casier judiciaire de Youssef, celui-ci ayant déjà purgé plusieurs années de prison. Des motifs sérieux justifiaient son placement en garde à vue, mais le temps nous est compté : nous devrons prochainement soit procéder à sa mise en accusation officielle, soit ordonner sa remise en liberté.

À ce jour, Youssef Benali n'a livré que des déclarations limitées. Il a nié toute implication et a affirmé s'être trouvé en compagnie d'une personne se faisant appeler « Akal » la nuit du crime — allégation que nous n'avons pas encore pu vérifier.

Par la suite, il a refusé de poursuivre les échanges avec la police et a rédigé une lettre à l'attention d'un avocat afin de solliciter une assistance juridique. Après contrôle de sécurité, la lettre n'a révélé aucun élément suspect ; nous en avons autorisé l'envoi, tout en conservant une copie susceptible de s'avérer utile à l'enquête.

Cherraf a signalé aujourd'hui une intoxication alimentaire et ne pourra temporairement pas poursuivre ses fonctions. En temps normal, nous ne réattribuons pas ce type de dossier ; toutefois, si une erreur a été commise dans la conduite de l'enquête, elle doit être corrigée sans délai.

Il vous incombe donc désormais de procéder au réexamen du dossier :

Vérifiez la véracité des déclarations de Youssef Benali concernant l'endroit où il se trouvait au moment des faits, et identifiez ce dénommé « Akal », s'il existe réellement.

N'écartez pas l'hypothèse selon laquelle d'autres parties pourraient avoir eu des mobiles pour tuer Mme Benali.

Vous pouvez consulter des éléments de preuve complémentaires sur la messagerie professionnelle, via le lien suivant :

www.investigationagadir.online
Nom d'utilisateur : fcherkaoui@policeagadir.ma
Mot de passe : Cherkaoui9KPF

À noter que Cherraf avait demandé certains documents aux archives ; il serait souhaitable de les examiner dans les meilleurs délais.

Commissaire A. Bouzid
↑ Retour au sommaire
Pièce 4 · 26/03/2024
PV n° A-1809

26 mars
2024

Procès-verbal d'audition préliminaire

Dans le cadre de l'enquête en cours relative à l'homicide de Mme Aïcha Benali, professeure de sciences de l'environnement à l'Université d'Agadir, la Brigade criminelle relevant du Bureau central d'enquêtes a procédé, en date du 26 mars 2024, à l'audition de Mme Kenza Tamazirt, également connue sous le nom de code « Akal ».

Résumé des faits

Le témoin, Mme Kenza Tamazirt, de nationalité marocaine, a déclaré s'être présentée (ou avoir été convoquée) au commissariat de police d'Agadir afin d'être entendue dans le cadre de l'enquête relative à l'homicide de Mme Aïcha Benali, professeure de sciences de l'environnement à l'Université d'Agadir.

Selon ses déclarations, elle se trouvait le 15 mars 2024, aux alentours de 19 h 25, au café Argana, situé sur la route de Tiznit, où elle affirme avoir aperçu Youssef Benali, frère de la victime.

Elle a précisé s'être rendue sur les lieux afin d'y rencontrer la victime, qu'elle ne connaissait toutefois pas personnellement, mais dont elle avait seulement entendu parler. Elle a indiqué que Mme Benali cherchait, selon ses dires, à établir que son ami Hassan Ziani avait été assassiné, et qu'elle-même (Kenza) avait l'intention de l'aider dans cette démarche.

Éléments déclarés

Mme Tamazirt a reconnu avoir agi dans la plus grande discrétion, expliquant qu'elle craignait pour sa vie. Elle a affirmé que certaines personnes — dont elle ignore l'identité réelle — utilisent des noms de code empruntés à des villes marocaines, tels que « Meknès » ou « Essaouira », et a déclaré que ces individus l'élimineraient s'ils apprenaient qu'elle coopérait avec Mme Benali.

Elle a également précisé que ces personnes recourent à un système de pseudonymes liés à des régions amazighes, et qu'elle-même était connue au sein de ce groupe sous le nom d'« Akal », mot amazigh signifiant « la terre ». Elle suppose que ce nom lui a été attribué en raison de ses origines amazighes. Elle a ajouté que Mme Benali était membre d'une coopérative amazighe, ce qui pourrait constituer le lien entre elles.

Au cours de l'audition, Mme Tamazirt a déclaré détenir des éléments de preuve susceptibles d'établir que M. Ziani a bel et bien été assassiné, et qu'elle souhaitait faire parvenir ces éléments à Mme Benali afin de faire « tomber » — selon ses propres termes — les personnes responsables du crime.

Elle a refusé d'expliquer pourquoi elle ne s'était pas adressée directement à la police, invoquant la peur, et s'est abstenue de tout commentaire supplémentaire.

Sur l'insistance de l'inspectrice quant à ses motivations, elle a finalement révélé que ces individus la contraignaient à travailler pour leur compte, et qu'elle espérait qu'en remettant les preuves à Aïcha, celle-ci se chargerait de les transmettre à la police en son nom.

Elle a reconnu éprouver une crainte à l'égard de la police, pour des raisons qu'elle n'a pas souhaité divulguer, tout en soulignant que cela n'avait aucun rapport avec Aïcha ou Youssef Benali.

↑ Retour au sommaire
Pièce 5 · 28/03/2024
Bureau central d'enquêtes
Division forensique
Région Souss-Massa
المكتب المركزي للتحقيقات
قسم الأدلة الجنائية
جهة سوس ماسة درعة

Rapport de terrain — Découverte d'une arme à feu

Le propriétaire d'une coopérative de production d'huile d'argan, située dans la périphérie de la ville d'Agadir, a alerté la police après qu'un de ses ouvriers eut découvert un fusil à l'intérieur des locaux de la coopérative.

Les agents de police se sont rendus rapidement sur les lieux et l'arme à feu a été sécurisée avec précaution, avec le concours du propriétaire de la coopérative. Fort heureusement, il s'est avéré que l'arme n'était pas chargée au moment de sa découverte.

Il est vraisemblable que l'arme ait été dissimulée dans un entrepôt de stockage d'huile d'argan, où elle serait demeurée plusieurs jours sans être remarquée, jusqu'à sa découverte fortuite par un ouvrier au cours de son travail habituel.

L'arme en question est un fusil de chasse de type Tikka T3x.

Lors de l'expertise balistique menée en vue d'identifier son propriétaire présumé, les experts de la police scientifique ont procédé à l'examen du canon de l'arme. De manière inattendue, il est apparu que les rayures internes du canon correspondent parfaitement aux marques relevées sur la balle extraite du crâne de Mme Aïcha Benali.

Des empreintes digitales ont par ailleurs été prélevées sur l'arme ; les résultats de leur analyse devraient contribuer à l'identification de la personne ayant tiré et tué Mme Benali.

28/3/2024
Insp. M.
Photographies réservées à un usage interne exclusivement. Toute reproduction ou diffusion, sous quelque forme que ce soit, est interdite.
↑ Retour au sommaire
Pièce 6 · 05/04/2024
Bureau central d'enquêtes
Division forensique
Région Souss-Massa
المكتب المركزي للتحقيقات
قسم الأدلة الجنائية
جهة سوس ماسة درعة

Rapport de renseignement — Opération de surveillance relative à un trafic illégal d'huile d'argan

Des enquêtes confidentielles sont actuellement en cours concernant des réseaux criminels impliqués dans le commerce illicite d'huile d'argan contrefaite.

Les informations recueillies par nos services ont révélé que Rachid El Mansouri est le chef du réseau responsable de cette activité. Ses subordonnés le désignent sous le nom de code « Imlil », tandis que son bras droit est connu sous le nom d'« Essaouira ».

La surveillance de ce type de criminalité s'est intensifiée au cours de la période récente, notamment à la suite des campagnes menées par le scientifique environnemental, le docteur Hassan Ziani.

Malheureusement, le docteur Ziani est décédé récemment dans un accident survenu lors d'une mission de terrain, son décès ayant été classé comme accidentel, consécutif à une piqûre de scorpion.

Détails de la surveillance sur le terrain :

Dans le cadre du suivi de l'affaire, le café « Tighmi » a été identifié comme un lieu suspecté de servir de couverture aux activités criminelles dirigées par El Mansouri.

Les agents « El Kadiri » et « Mehdi Benjelloun » ont été chargés d'exécuter la mission de surveillance en tenue civile.

Extrait du rapport de l'agent El Kadiri :

« Benjelloun et moi-même sommes entrés au café Tighmi aux alentours de 18 h 30. Nous soupçonnions que les opérations de contrebande se déroulaient dans une arrière-salle signalée par un écriteau "Privé". Au bout de 30 à 45 minutes, je me suis positionné à proximité des sanitaires jouxtant ladite salle.

En écoutant à travers la cloison, j'ai entendu une voix que je crois être celle d'El Mansouri, déclarant :

"Essaouira, elle est de nouveau sur nos traces. Malheureusement, nous ne disposons plus d'un stock suffisant, cela ne se passera donc pas comme la dernière fois. N'oublie pas les gants. Ta carte fonctionne-t-elle toujours ?"

Une autre voix a répondu : "Oui, je l'ai sur moi. Elle est légèrement rayée, sans doute parce que je me rends souvent à l'université."

J'ai cessé d'écouter à ce moment-là afin d'éviter que ma présence ne soit découverte.

Nous avons ensuite quitté le café après avoir terminé nos consommations. »

Conclusion préliminaire :

Il est vraisemblable que la personne désignée par l'expression « elle est sur nos traces » soit la docteure Aïcha Benali, laquelle avait mené des campagnes contre les entreprises impliquées dans la contrefaçon de produits à base d'argan — ce qui établit un lien potentiel entre le réseau susmentionné et son assassinat.

L'unité de surveillance recommande l'analyse des enregistrements audio éventuels ainsi que la poursuite du suivi des déplacements de Rachid El Mansouri (« Imlil ») et de son adjoint surnommé « Essaouira » au cours des prochains jours.

05/04/2024
Unité de surveillance
↑ Retour au sommaire